Interview - Wentworth Miller (Michael Scofield)
Parle-nous de Prison Break qui s'est révélé cet énorme succès ?
Prison Break peut s'adresser à chacun d'entre nous, il y a à la fois de l'action, de l'aventure et de la romance. C'est l'histoire d'une famille et jusqu'où un de ses membres est prêt à aller pour en sauver un autre. Je pense aussi qu'un des atouts de la série est que ca se passe en prison, ce milieu exerce une fascination universelle. Je pense que personne n'aimerait être mon personnage mais plus sûrement faire partie de cette aventure.
Est-ce que cela aide de tourner à l'intérieur d'une véritable prison ?
Pas plus que ce que je peux faire ! Je m'explique, c'est la même chose qu'entre faire des recherches sur un accident de voiture et avoir un accident de voiture ! Je ne saurai jamais ce qu'est d'être vraiment emprisonné. Travailler dans un établissement comme "Joliet" te donne une bonne base. Nous utilisons tout le bâtiment et toutes ses ressources. Le plan d'évasion de mon personnage a été élaboré à partir des vrais plans de la prison.
As-tu rencontré d'anciens détenus ?
Il y a beaucoup d'anciens détenus dans l'ensemble, qui jouent en "extra". Ils revenaient tous, ce qui me paraissait étrange au départ, jusqu'à ce que je comprenne que c'était une façon de tourner la page. Les gens revenaient dans cet endroit qui leur avait causé tant de douleur et de souffrance pour réussir à en faire quelque chose de positif, comme de faire cette série télé.
Est-ce qu'ils t'ont racontés des histoires terrifiantes sur leur vie en prison ?
Apparemment, lorsque les détenus s'ennuyaient, s'agitaient ou menaçaient les gardiens, ils se mettaient à danser à l'intérieur et hors des cellules dont les portes se fermaient alors automatiquement. Ces portes ne s'arrêtaient pour personne, et de temps à autres, elles se sont fermées sur des détenus. J'ai parlé avec un CO (Correctional Officer) qui m'a raconté, qu'en arpentant les corridors après un lockdown (confinement), il avait vu quelques doigts, ici et là, de ceux qui n'avaient pas réintégré leurs cellules assez rapidement.
Comment le tatouage est-il fixé sur toi ?
Il y a quatre transferts qui s'assemblent, comme un puzzle. On prend de l'alcool pour bien sécher la peau afin que le tatoo adhère, puis on le transfère ; pour le décoller on pulvérise de l'eau mais ça laisse une couche de silicone. Ce n'est pas douloureux, juste un petit peu inconfortable parce que ça colle. Le mettre prend 4 heures et l'enlever 45 minutes à frotter !
Apparemment, David Beckham souhaite copier ton tatouage. Voudrais-tu lui donner un conseil ?
J'ai entendu dire qu'il voulait mon tatouage. C'est fou, non ? Ca ne m'avait jamais traversé l'esprit que des personnes célèbres, sportifs ou acteurs, regardaient ma série. Je pense seulement que mes amis et ma famille la suive. Je pense que son idée d'ajouter ce tatouage donnera un beau résultat, mais je ne l'envie pas d'avoir à le faire faire. C'est beaucoup de travail, et de douleur, pour obtenir un tatouage de cette taille.
Est-ce que les gens te traitent différemment lorsque tu portes le tatouage ?
Je suis rentré chez moi avec une ou deux fois. Les gens associent les tatouages à une certaine catégorie de personnes. Alors, j'ouvre la bouche, et là, c'est quelque chose de complètement différent qui sort.
Comment était-ce de travailler avec Holly Vallance ?
Je crois comprendre qu'elle est une pop star ici. Tout ce que je sais, c'est qu'elle est capable de prendre cet incroyable accent sexy d'Europe de l'Est, ce qui m'impressionne beaucoup. Les accents ne sont pas mon fort et c'est quelque chose que j'admire vraiment. C'est une jolie fille.
Quel est son rôle dans la série ?
D'un point de vue légal, elle est ma femme dans la série. C'est quelqu'un avec qui j'ai passé un accord pour qu'elle puisse obtenir sa carte verte, et en retour, elle va m'aider à accéder à un certain nombre de choses qui sont à l'extérieur. Elle travaille comme strip-teaseuse. Nous échangeons quelques coups de fils et avons deux ou trois scènes face-à-face, qui ont lieu dans l'espace conjugal de la prison. C'est une série télé et c'est tout ce que vous pourrez voir.
Est-ce que le succès de la série s'est reflété dans ta vie amoureuse ?
Pas vraiment. J'ai réussi à caser quelques rendez-vous ici et là, mais je suis un vrai bourreau de travail et c'est là que vont tout mon temps et toute mon énergie. Tout le reste est secondaire. J'aime l'idée d'une femme et d'enfants, mais pas pour le moment.
As-tu lu tous les sites de fans consacrés à Wentworth Miller ?
Au début, oui. Si tu es à une soirée et qu'il y a deux personnes dans la pièce en train de parler de toi, tu es naturellement curieux de ce qu'elles sont en train de dire, mais il y aussi une chance pour que, fortuitement, tu tombes sur quelque chose de négatif.
Quelles sont les choses négatives que tu as entendues ?
J'ai lu quelques commentaires en ligne à propos de mon jeu et je les ai vraiment pris à coeur, comme si c'étaient des appréciations de mon coach. Puis, je me suis rappelé que cela pouvait être écrit par quelque jeune de onze ans, réfugié au sous-sol, chez sa mère, qui n'aurait pas son jus d'orange le matin et qui s'en prendrait à moi.
As-tu reçu des cadeaux intéressants de la part de tes fans ?
J'ai eu quelques jeux de scrabble. J'adore, je l'avais mentionné dans quelques interviews et les gens l'ont repris. Mon plus grand score sur un seul mot est quelque part aux alentours de 70. Ce sont des sets de voyage, alors je peux les utiliser, ce qui est vraiment très attentionné. J'ai aussi reçu beaucoup de lettres de détenus. Apparemment, une photo dédicacée d'un des membres du cast s'échange contre un paquet de cigarette au marché noir des prisons.
Les détenus approuvent-ils la série ?
Ils l'aiment lorsqu'ils parviennent à la regarder, mais c'est souvent interdit à l'intérieur des prisons. Je ne crois pas que quelqu'un essaierait de refaire comme Michael. De façon réaliste, je ne pense pas qu'ils le pourraient. Mais bon, il ne s'agit pas non plus de donner des idées...
Comment te sens-tu lorsque quelqu'un du public t'approche dans la rue ?
C'est un moment, où pour l'instant, je me sens diplomate, dans l'intérêt de la série. Ils ont toujours des choses très positives à dire. Mais il y a de la gêne parce que d'une part, ils connaissent ton visage aussi bien que celui de leurs voisins, mais ils réalisent dans le même temps, lorsque tu es en face d'eux, que tu n'as rien en commun. Nous ne sommes pas habitués à nous promener avec de parfaits étrangers et à leur faire la conversation. Alors, dans ce moment empli de maladresse, il m'appartient de combler les blancs, de faire un geste pour adoucir les angles.
Jusqu'à maintenant, quel a été le moment de ta vie dont tu es le plus fier ?
Professionnellement parlant, le moment dont je suis le plus fier a été quand j'ai été pris pour le film "La couleur du mensonge". Je savais qu'il y avait déjà Nicole Kidman, Anthony Hopkins, Ed Harris et Gary Sinise, et le réalisateur était Robert Benton, plusieurs fois récompensé pour "Kramer contre Kramer". Lorsque je me suis retrouvé avec eux, avec tout cet étalage de talents, ça a été un moment de fierté. Effrayant aussi, mais Robert Benton est un de ces réalisateur qui te fais ressentir que, tel que tu es, tu en vaux la peine.
Toutes ces années passées sans avoir percé, ont-elles fait de toi une meilleure personne ? maintenant que tu as réussi...
Elles m'ont certainement rendu plus reconnaissant envers les choses que je suis maintenant capable de réaliser et les portes qui vont s'ouvrir. J'ai eu beaucoup de conversations avec moi-même où je me disais : "Est-ce que ce ne serait pas mieux si j'avais 23 ans plutôt que 33 ?".
Mais, en fait, je n'aurai probablement jamais été choisi pour Prison Break si j'avais eu 23 ans, je n'aurai eu pas toute l'expérience de ces 33 années à mettre dans le rôle.
J'ai appris l'endurance, la patience et la gratitude durant ces années. J'ai eu du succès du jour au lendemain après 10 ans de métier. Je peux vraiment apprécier combien je suis chanceux.
Si Prison Break n'était pas venu, aurais-tu encore essayé de faire des rôles durant les 10 prochaines années ?
C'est une question effrayante. Tous les acteurs pensent à eux-mêmes, qu'en serait-il si je m'éveillais et que j'ai 45 ans et que sois toujours à attendre des convocations, toujours à attendre des rôles qui ne viendraient pas. Je pense que j'aurai probablement continué parce que jouer n'est pas quelque chose dont je puisse m'éloigner. Je pourrai faire partie de la communauté des acteurs qui attend un rôle pendant des jours. Je serai toujours dans cette voie, à prendre forme.
Quel a été le pire petit boulot que tu aies fait ?
J'ai eu une brève expérience dans la restauration. J'étais un "bus boy" dans un restaurant mexicain en Arizona, à gratter des assiettes d'haricots rouges frits, et refrits. Ca t'apprend l'humilité, et l'importance d'un bon déodorant.
As-tu conservé des amis du temps où tu étais étudiant à Princeton ?
L'université a été l'endroit où j'ai noué les plus profondes, et les plus durables amitiés. Il n'y a pas d'autres moments de cette qualité dans la vie, où l'on peut passer autant de temps avec les gens. Ce sont des amis que j'espère toujours garder. Je dois beaucoup à cette période qui m'a exposé à un certain nombre d'expériences et qui influencent aujourd'hui mon travail d'acteur.
Que sont devenus tes amis de l'université et que font-ils aujourd'hui comme travail ?
Ils sont tous avocats ou docteurs, élèvent leurs enfants et ont une vie plus traditionnelle que la mienne. Ils veulent tous savoir comment c'était de tourner avec Sarah Michelle Gellar puisque j'ai fait une apparition dans "Buffy contre les Vampires".
Que t'a légué un enseignement aussi prestigieux que celui de l'université de Princeton ?
J'ai été dans beaucoup d'endroits, vu beaucoup de choses, développé un goût pour la musique et les arts qui inspire mon travail aujourd'hui. Tu peux entièrement baser un personnage sur une peinture, ou un morceau de musique.
Tu es né à Chipping Norton en Angleterre. Comment te sens-tu lorsque tu reviens dans ton pays natal ?
Je suis venu à Chipping Norton quelques fois avec ma famille avant aujourd'hui. C'est comme une carte postale. Mes parents sont tous les deux américains et ils n'ont vécus ici que quelques années. Ils sont retournés aux Etats-Unis lorsque j'avais un an, du coup, je n'ai pas de réels souvenirs de tout ça, mais j'ai la double nationalité.
Ton père t'a-t-il donné quelques tuyaux à propos de l'anglais (Angleterre)
Mon père m'avait fait quelques recommandations lorsque j'étais venu, il y a quelques années pour tourner une mini série (Dinotopia). Il m'a dit de faire attention aux anglais, qui ont cette rhétorique séduisante, et manipulatrice; qu'ils l'utilisent pour emporter une conversation en finissant leurs phrases par des questions. Un jour que j'étais allé boire un verre avec mes co-stars David Thewlis et Anna Friel, je leur ai répété le conseil de mon père. Anna Friel a dit "Nous ne faisons pas ça... N 'est-ce pas ?"